Des Gallois en Bretagne … La venue de ces Celtes d’Outre-Manche n’a rien d’étonnant quand on pense que le christianisme celtique avait déjà pris cet itinéraire aux 5e et 6e siècles au point de donner un nouveau nom à l’Armorique, celui de « Bretagne ». La foi chrétienne, vigoureuse, indépendante, solidement biblique avait trouvé un terreau favorable à son épanouissement sur ces terres âpres et giboyeuses.

Quatorze siècles plus tard,  ce fut à nouveau la foi qui fut le motif de la venue dans l’ancienne Armorique, de ces Gallois dont nous allons conter l’aventure dans ce nouveau fascicule sur l’histoire du protestantisme en Bretagne Centrale. 

Quelles furent les raisons du « retour » de ces lointains cousins celtes ?

Après la Révocation de l’Edit de Nantes (1685), et les persécutions qui suivirent, le protestantisme devint officiellement inexistant en Bretagne. Mais des protestants continuèrent à maintenir une présence discrète, clandestine, ou plus officielle selon leur statut.

Les sujets de Louis XIV,  roi « très chrétien », se devaient d’afficher une appartenance catholique, et c’est en tant que « Nouveaux convertis » que ceux d’entre eux qui tenaient à garder leur foi protestante,  pouvaient exercer leur profession dans notre province (voir la famille de Gennes à Morlaix par exemple).

Les étrangers professant la « Religion Prétendue Réformée » comme l’on disait alors en parlant du protestantisme, en dehors des membres du corps consulaire, étaient tolérés dans la mesure où leurs activités rendaient service au royaume et l’enrichissaient. Celles-ci, par excellence, étaient surtout liées à la banque et au négoce, dans les ports (1)  mais aussi à l’industrie (2). Certaines municipalités actaient dans leur organisation cette présence protestante diffuse. Ainsi, à Saint-Malo dès 1723, comme  à Nantes en 1739, on trouvait des cimetières protestants. Avec l’avènement de la tolérance (édit de 1787) des églises réapparurent. 

A Nantes, un consistoire existait depuis 1793, le négociant Pelloutier (3), consul « de Sa Majesté le roi de Prusse » était fortement engagé dans son fonctionnement. A Brest, bien plus tard, ce fut encore un consul, de Grande-Bretagne cette fois, Sir Anthony Perrier, installé  en 1824, qui joua un rôle important dans la structuration de l’église protestante de la ville.

Ces groupes étaient composés surtout de fonctionnaires, militaires, étrangers en villégiature tels ces Anglais qui vinrent une fois les guerres napoléoniennes terminées, prendre le soleil sur la côte nord de la Bretagne, et dont le culte protestant fut reconnu en 1822 à Saint-Servan, et en 1836 à Dinan et Dinard, ou ces Suisses venus des Grisons pour chercher fortune, et que l’on retrouvait surtout dans des métiers de bouche : confiseurs, pâtissiers, limonadiers…

Mais les pasteurs avaient un immense territoire à couvrir. Les protestants disséminés ne pouvaient que rarement être visités. 

A partir de sa création en 1833, la Société évangélique de France envoya des colporteurs, des évangélistes et des pasteurs pour souffler sur le feu qui couvait… afin de réanimer la vie spirituelle de la Bretagne. La vie religieuse était bien présente dans la province, mais l’Evangile y était quasiment inconnu de la population des campagnes !

C’est dans ce contexte que vinrent des pasteurs gallois qui changèrent complètement  la donne du protestantisme breton, au point que le pasteur Guillaume Le Coat, fondateur en 1884 de la Mission évangélique bretonne de  Trémel (Côtes-du-Nord) pouvait écrire en 1911 que les villages les plus reculés de trois départements bretons avaient été visités par les colporteurs. Ce constat étonnant était en fait le résultat du travail effectué par des dizaines de colporteurs protestants qui surmontèrent bien des oppositions, voire même des persécutions, afin de faire connaître au plus grand nombre le message libérateur de l’Evangile.

Porté par cet élan, le pasteur Le Coat alla jusqu’à adresser en 1906 un courrier au ministre des cultes afin que lui soit attribuée l’ancienne église paroissiale de son village.

Avant de revenir sur l’ensemble des œuvres qui concernent plus particulièrement le Centre-Bretagne, nous présenterons l’œuvre du pasteur J. Jenkins à Morlaix, la mission et l’école du Guilly en Poullaouën, puis nous évoquerons l’œuvre de Trémel, qui fut aussi un important centre d’évangélisation, très actif en Bretagne intérieure. 


(1) A Nantes, des armateurs, et à Lorient des négociants collaborateurs de la Compagnie des Indes.

(2) Les indienneurs à Nantes, l’industrie linière à Landerneau, l’exploitation des mines (comme celles de Huelgoat-Poullaouën, que nous avons évoquées dans le précédent fascicule…).

(3) La famille Pelloutier a donné plusieurs hommes de renom. Parmi eux un huguenot d’Allemagne, pasteur historien, qui avait déjà étudié l’histoire des Celtes (publication de 1740). C’est son petit-neveu qui était consul à Nantes. Le berceau de la famille était Jausiers près de Barcelonnette, mais, fuyant le royaume à la Révocation, ils trouvèrent refuge à Leipzig, en Allemagne.



Les prisonniers de guerre français étaient confinés dans de vieux vaisseaux désarmés, véritables bagnes flottants. C’est sur ces pontons de Plymouth  et Portsmouth que le pasteur Thomas Price rencontra des prisonniers bretons afin d’évaluer le degré de parenté entre les langues bretonne et galloise.
Le pasteur Price.