«Mme Foulon, c’était l’activité intense, le sens du service, la compréhension de toutes les misères et de toutes les injustices».

Tel était, parmi beaucoup d’autres, l’hommage rendu par le recteur de l’Académie de Rennes Jacques Bompaire à Louise Foulon-Ropars, lors de son décès survenu en 1969.

Il soulignait le travail et le dévouement inlassables de cette infirmière-assistante sociale qui avait notamment, en 1946, en collaboration avec son amie le docteur Renée Noyalet, créé et développé à Rennes le premier Centre de Médecine Préventive Universitaire breton pour, entre autres, faire régresser la tuberculose qui frappait encore de nombreux étudiants.

Louise Ropars, une femme de foi, protestante engagée mais respectueuse de toutes les opinions, était née en 1915 à Lémézec, en Poullaouën. Cinquième enfant d’une famille qui en comptait sept, elle avait fréquenté l’école protestante du Guilly jusqu’à l’obtention de son Certificat d’Etudes primaires.

Engagée dans le combat pour le relèvement des alcooliques…

Intelligente et volontaire, la fillette désirait devenir infirmière, à l’instar de sa cousine par alliance Jeanne Le Long (l’épouse du pasteur Hervé Ropars), une «nurse» qui n’hésitait jamais à aller seule à pied, même en pleine nuit, soigner les enfants malades des hameaux parfois distants du Guilly de plusieurs kilomètres.

Mais Joseph Ropars et Catherine Lancien, ses parents, étaient de petits cultivateurs, trop pauvres pour financer la poursuite de ses études. Louise dut donc, à 12 ans, se placer à Paris comme employée de maison, et économiser sur ses gages pour payer les frais de sa scolarité ultérieure, à Lannion puis à Moissac, où elle fut reçue au Brevet Supérieur.

Elle put alors entrer, en 1934, à l’école d’infirmières «Florence Nightingale» de Bordeaux, dont elle sortit en 1937 munie du diplôme d’état.

Devenue infirmière-assistante sociale à Soissons, son courage et ses dons d’organisatrice furent particulièrement appréciés en juin 1940, lorsqu’elle accompagna jusqu’en Vendée des habitants du Soissonnais (femmes seules et enfants démunis de tout) qui fuyaient sur les routes de l’exode devant l’avance des blindés allemands.

La jeune femme avait aussi, dans son enfance, pris conscience des drames provoqués par l’alcoolisme dans notre région. (Entre les deux guerres mondiales, Le Guilly, malgré son isolement, avait compté jusqu’à cinq débits de boissons, très fréquentés…)

Répondant à l’appel du docteur Legrain, qui luttait pour faire reculer ce fléau en Bretagne, elle avait donc, à l’âge de 9 ans, avec l’accord de ses parents, pris un engagement d’abstinence volontaire en adhérant au mouvement des «Bons Templiers» (qui regroupe actuellement dans le monde quelque deux millions de buveurs guéris et d’abstinents volontaires).

Le président du groupe rennais de cette association, Georges Sotinel, rappelait en 1969 combien Mme Foulon-Ropars avait toujours su «tendre une main fraternelle aux victimes plus ou moins volontaires» de l’alcool, et comment, «non contente d’enrayer le mal (en promouvant par exemple la consommation de boissons non alcoolisées), elle s’employait inlassablement à rétablir une situation, trouver un emploi, réconcilier un ménage et à rendre à chacun la joie de vivre et la dignité retrouvée».

… et dans celui de la Résistance

C’est au congrès des «Bons Templiers» organisé à Paris en 1937 qu’elle avait rencontré Charles Foulon, un jeune agrégé de Lettres brestois, qu’elle épousa à Poullaouën le 29 août 1941.

Installés à Rennes après leur mariage, tous deux participèrent activement à la collecte de renseignements du réseau de la Résistance «Libération Nord».

Malgré les risques encourus (Charles Foulon fut arrêté en 1942 à la suite d’une dénonciation, détenu à Fresnes puis libéré faute de preuves), leur appartement accueillit souvent, de 1943 à 1944, de nombreux résistants tels, entre autres, François Tanguy-Prigent, futur ministre de l’Agriculture et des Anciens Combattants, ou François Kerambrun, un mécanicien guingampais qui sauva 135 aviateurs alliés tombés en Bretagne en les aidant à regagner l’Angleterre.

Peu après le débarquement du 6 juin 1944, Mme Foulon-Ropars et son mari durent se réfugier au Guilly pour échapper à la Gestapo. Elle devint alors infirmière du maquis F.T.P. de Scrignac, et participa aux combats de la Libération de la région de Morlaix et des presqu’îles de Plougastel et de Crozon.

Ne pouvant exposer ici toutes les facettes du travail d’éducation sanitaire et sociale accompli par cette femme d’exception de 1946 à 1969, tant auprès des étudiants que du personnel de l’Université de Rennes, je rappellerai seulement qu’elle mourut prématurément à 54 ans, victime des irradiations professionnelles reçues pendant plus de 20 ans alors qu’elle assistait (sans la protection d’un tablier de plomb) aux examens radiologiques effectués par nombre d’entre eux au Centre de Médecine Préventive Universitaire rennais qui porte désormais son nom.

J.L.C.